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Le Prix de thèse d’Aix-Marseille Université 2016 décerné à Aurélie Blanfuné

Ce prix récompense l’excellence des travaux de recherche sur « Le changement global en Méditerranée Nord Occidentale : forêt de Cystoseires, de Sargasses, encorbellement à Lithophyllum et bloom d’Ostreopsis », présentés lors de sa soutenance en juillet 2016 et menés sous la direction de Marc Verlaque et Charles-François Boudouresque, enseignants chercheurs du MIO.

Ce prix lui sera remis, en novembre 2017, lors de la Journée Académique et Scientifique de l’Université d’Aix-Marseille.

Résumé de sa thèse

Dans la plupart des mers et des océans, la zone littorale est dominée par de grandes Phaeophyceae (Laminariales et Fucales) qui jouent un rôle écologique majeur dans la structuration et le fonctionnement de l’écosystème (fourniture d’habitats, de nourri ture, de frayères et de nurseries pour de nombreuses espèces). En Méditerranée, ce sont les espèces de Fucales appartenant aux genres Cystoseira C. Agardh et Sargassum C. Agardh qui sont les principales espèces structurantes du stade climacique de la végétation photophile de la zone littorale (de la surface jusqu’à 70-80 m de profondeur dans les eaux les plus claires). L’étude diachronique menée dans ce travail de thèse à partir des premières observations scientifiques exploitables (18ème siècle) est une première en Méditerranée sur autant de linéaire de côte ( 2 970 km à l’échelle 2 500ème). Les résultats obtenus par l’analyse des données historiques et actuelles de distribution des Fucales le long des côtes françaises différent suivant les espèces étudiées, aussi bien en ce qui concerne l’état de conservation des populations que les causes impliquées dans leur régression. Dans l’ensemble, les forêts de Cystoseira et de Sargassum ont régressé de façon drastique en Méditerranée française. L’écosystème a souvent basculé (regime shift) vers un état stable alternatif (Multiple Stable State) de type barren ground, caractérisé par la dominance de macrophytes calcifiés encroûtants (corallinacées) et d’oursins. Pour les espèces proches de la surface (0 - 1 m de profondeur) (C. amentacea et C. mediterranea), c’est la destruction de l’habitat, les grands rejets d’eaux usées et la charge élevée en MOP qui entraînent la fragmentation des populations et leur remplacement par des assemblages à Corallina caespitosa, Cystoseira compressa (fréquemment sous sa forme en rosette) et par des moulières. Pour les espèces de l’infralittoral de 1 à 15 m de profondeur (C. barbata, C.brachycarpa, C. compressa susp. pustulata, C. crinita, C. elegans, C. foeniculacea f. foeniculacea, C. foeniculacea f. tenuiramosa, C. funkii, C. sauvageauana, C. squarrosa, C. spinosa var. spinosa, S. flavifolium, S. trichocarpum et S. vulgare), la destruction ou la dégradation de l’habitat par les constructions gagnées sur la mer et le surpâturage par les oursins Paracentrotus lividus et Arbacia lixula et les poissons Sarpa salpa et Diplodus spp. sont les principales causes de régression. Pour les espèces plus profondes (C. foeniculacea f. latiramosa, C. funkii, C. jabukae, C. sauvageauana, C. spinosa var. compressa, C. usenoides, C. zosteroides, S. acinarium et S. hornschuchii), c’est l’altération de la transparence de l’eau et l’arrachage par les engins de pêche et les ancrages qui sont responsables de leur déclin. Juste au-dessus de la surface, au niveau de la roche médiolittorale inférieure, et dans les zones ombragées et battues, une autre espèce structurante se développe, la Florideophyceae calcifiée Lithophyllum byssoides (Lamarck) Foslie, qui peut constituer des bioconstructions monumentales, les encorbellements à Lithophyllum byssoides, qui ont été classés « habitat d’intérêt communautaire » par la Communauté Européenne. L’édification d’un grand encorbellement nécessite plusieurs siècles de relative stabilité du niveau marin. Depuis la fin du XXe siècle, ces bioconstructions sont restées stables mais leur vitalité n’a cessé de se dégrader. La régression quasi-générale des encorbellements de L. byssoides peut être expliquée par plusieurs perturbations non- exclusives : agressions mécaniques, agressions chimiques, élévation de la température, acidification et surtout montée du niveau marin. Les macrophytes sont considérés comme des éléments de qualité biologique (BQE, Biological Quality Elements) dans les outils de gestion utilisés dans le cadre de l’Union Européenne (Directive Cadre sur l’Eau). Parmi les espèces d’intérêt recensées lors de la mesure de l’indicateur CARLIT, nous trouvons les encorbellements à Lithophyllum byssoides, Cystoseira amentacea ainsi que les espèces de Cystoseira des petits fonds. L’indice CARLIT est robuste et fiable. Une version simplifiée a été proposée ainsi qu’un indice de pressions anthropiques HAPI. La combinaison des deux indices, est un très bon outil pour l’évaluation de la qualité écologique des masses d’eau et surtout pour avoir une première orientation pour améliorer l’état écologique d’une masse d’eau (savoir sur quelle pression anthropique agir).