Interview Métiers de Science

Daniel Borschneck

Ingénieur de recherches CNRS au CEREGE (Série Cristallographie)

Présentez-vous ainsi que votre environnement professionnel...

Je m’appelle Daniel Borschneck ; je suis ingénieur de recherches CNRS au CEREGE (Centre Européen de Recherche et d’Enseignement des Géosciences de l’Environnement) dans l’équipe Interfast. Cette équipe s’intéresse aux mécanismes réactionnels de transfert et de toxicité, de la molécule à la parcelle et concentre ses efforts sur le fonctionnement de la biosphère et les activités anthropiques. Vaste programme ! Les thématiques qui en découlent sont assez variées mais se rejoignent par les outils d’analyse mis en jeu. Je citerai l’impact des nanotechnologies sur l’homme et les écosystèmes, le recyclage et la valorisation des métaux, le fonctionnement des sols et l’impact du changement climatique sur leur évolution.

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir ingénieur ?

La chance de rencontrer des enseignants passionnants. Je me souviens notamment d’un professeur de sciences-physiques en terminale, passionnant et excellent pédagogue ; paradoxalement, les expériences qu’il nous présentait étaient rarement couronnées de succès ! Peut-être est-ce ce qui m’a donné le goût pour l’instrumentation et l’expérimentation…

Qu’aimez-vous dans la science ?

Nous avons une grande liberté dans notre travail et nous avons la chance extraordinaire de pouvoir mettre en œuvre nos idées (parfois un peu farfelues…) pour essayer de comprendre comment le monde fonctionne. J’apprécie beaucoup le fait de pouvoir utiliser des appareils de très haute technologie, que ce soit au laboratoire ou dans des grands instruments en France ou à l’étranger.

Qu’est-ce que vous faites au quotidien ?

Pour répondre aux questions posées, notre équipe utilise un certain nombre d’instruments d’analyse très perfectionnés basés sur le rayonnement X. Mon activité consiste à conseiller les utilisateurs sur les techniques les plus adaptées, à les former à ces techniques pour certains, à définir les conditions expérimentales optimales, à interpréter les résultats obtenus et en discuter avec les utilisateurs. Je consacre également une partie de mon temps à développer de nouveaux instruments d’analyse, à suivre les évolutions techniques par la lecture de périodiques scientifiques.

Quel cursus universitaire (autre) avez-vous suivi ?

Après une maîtrise de chimie-physique à l’université de Bordeaux I, j’ai obtenu un DEA en physique appliquée à l’archéologie. J’ai poursuivi par une thèse au cours de laquelle je me suis intéressé à la recherche de provenance des marbres blancs à partir de leur luminescence.

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Préparation d’une expérience de nanotomographie X
Crédit : CEREGE

Quels sont les apports de la cristallographie pour vos recherches ou en quoi la cristallographie est utile à vos recherches ?

Une partie de mon activité consiste à identifier par diffraction des rayons X la nature des composés constituants les échantillons que j’analyse (sols, roches, ciments, déchets, nanoparticules,...). La cristallographie est au cœur de cette activité car le signal que l’on va observer dépend de la structure cristalline de ces composés. C’est la diffraction des rayons X sur les plans contenant les atomes des cristaux qui va permettre de déterminer une des caractéristiques de ceux-ci : les distances entre les plans. En outre, à partir des symétries dans le cristal, des positions atomiques et de certains paramètres cristallographiques, il est possible d’effectuer de la modélisation et d’accéder ainsi à des informations quantitatives (concentrations, taille des cristallites,…).

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Préparation d’une expérience de nanotomographie X
Crédit : CEREGE

Quels sont vos projets de recherche pour 2014 ?

En ce qui me concerne, les projets sont étroitement liés à l’instrumentation. Notre équipe a récemment fait l’acquisition de 2 tomographes à rayons X ; ce sont des instruments qui permettent de visualiser en 3D la structure interne des objets (un peu comme chez un radiologue en 2D) avec une très haute résolution. Il s’agit maintenant de tirer le meilleur profit des possibilités de ces appareils sur le plan expérimental et de l’analyse des images.Par ailleurs, nous développons depuis quelques années un instrument permettant de cartographier par rayons X la distribution des atomes dans la matière. C’est un projet de très long terme ; nous commençons à avoir quelques résultats et nous espérons terminer l’intégration en 2014...ou 2015.